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La ségrégation sociale et territoriale, conséquences de l’écologie spectacle !

Il avait fallu 300 000 personnes en jaune, sur chaque rond-point de France, pour que la voix des sans-voix soit entendu. Outre les débordements que nous condamnons, ces manifestations avaient été au début un cri du cœur, un hurlement de désespoir : Pourquoi font-ils la société sans nous ? Pourquoi sommes-nous relégués ? Pourquoi sommes-nous condamnés à toujours subir ? La crise des gilets jaunes, c’était la traduction de la périphérisation d’une grande partie de la France, condamnée à devenir la réserve d’indiens des travailleurs précaires et des classes populaires, des zones dévitalisées sur le plan économique, et concentrant les bassins résidentiels sans services et sans emplois. Des espaces méprisés, oubliés sur le plan politique.

Voilà deux ans, que le mouvement des gilets jaunes est apparu dans un éclair de violence avant de disparaître progressivement 6 mois plus tard. Et finalement tout recommence comme si de rien n’était. L’Etat persiste à financer des projets démesurés et dangereux pour les transports du quotidien (Grand Paris Express, CDG Express, …) dont le coût est évalué à 42 milliards d’euros, alors que dans le même temps, l’Etat et la Région sont incapables de financer quelques dizaines de millions d’euros pour un site propre pour les bus de grande couronne sur la nationale 20. L’argent coule à flot, les financements sont toujours trouvés, lorsqu’il s’agit de développer des projets pour Paris et sa proche banlieue. L’argent manque toujours, les financements sont introuvables, lorsqu’il s’agit de permettre à 6 millions de franciliens de la moyenne et grande couronne de vivre et de se déplacer dans la dignité.

Les principaux décideurs des transport en sont les premiers fossoyeurs : la ville de Paris qui fait la leçon à qui veut l’entendre en se proclamant « Ville verte », a laissé sombrer le syndicat Auto’ lib – Ve’ lib dans un marasme financier à 200 millions d’euros. La ville de Paris, qui veut interdire l’automobile partout, et tout le temps, dispose d’une flotte de 60 berlines avec chauffeurs pour le maire, ses adjoints, et les maires d’arrondissements. De qui se moque-t-on ? La société du grand Paris, elle, a vu les coûts du grand paris express dérapés dans le plus grand scandale financier et moral de ce début de siècle, passant de 13 milliards initialement aux 42 milliards que nous avons déjà indiqué.

Aujourd’hui, tous ces acteurs qui nous ont conduit à l’explosion des inégalités sociales, territoriales et de transport en Ile-de-France passent la vitesse supérieure :

  • Les ZFE (zones à faible émissions) interdisent les véhicules dits « polluants » à circuler en leur sein. Dès 2021, les voitures disposant de la Vignette Crit’Air 4 seront interdites de circuler dans 80 villes de la métropole parisienne. Plus de 20 communes ont voulu résister, au nom du combat contre l’injustice sociale, la compétence sera donc transférée à la métropole pour mieux les contourner.
  • Un système de radar sera disposé à l’intérieur du périmètre de l’A86 pour sanctionner automatiquement tous les contrevenants.
  • Ces zones de limitation seront étendues à 35 agglomérations de plus de 150 000 habitants en 2025.

Le gouvernement justifie ces mesures en raison des pressions exercées par la commission européenne qui menaçait de traduire la France devant la Cour de justice de l’Union. Mais ces décisions traduisent surtout une méconnaissance et une négation profonde de la réalité géographique et sociale de notre pays. Oui, en banlieue et dans les territoires ruraux, la voiture n’est pas seulement utile, elle est nécessaire et incontournable. Impossible de déroger à sa voiture pour travailler, emmener ses enfants à la crèche ou à l’école, visiter un parent fragile.

Que signifient ces mesures pour le commun des mortels ? L’obligation de changer de véhicule au risque sinon, de perdre son emploi, de devoir déménager, d’être assigné à résidence.

Ainsi, une famille qui possèderait un Scénic, véhicule parmi les 30 voitures qui se sont vendues le plus en 2019 et assez commune lorsque l’on a des enfants, mais dont le modèle aurait été immatriculé avant 2011, se verra contrainte de le changer. Acheter un nouveau Scénic de 4ème génération, c’est un coût compris entre 28 000 et 32 000 euros. Malheureusement pour l’acheteur, il ne bénéficiera pas du bonus écologique, mais uniquement de la prime à la conversion dont le montant maximum est de 5 000 euros car il sera conforme à la norme Euro 6. C’est-à-dire que le reste à charge oscillera entre 23 000 et 27 000 euros. Aujourd’hui, qui peut se le permettre ?

Beaucoup de franciliens, des jeunes à nos aînés, en passant par les familles, roulent avec des véhicules anciens non par choix, mais par contrainte.  Ils n’ont pas l’argent, et pour eux aussi, cet argent ne tombe pas du ciel. Un euro, c’est un euro. Ils n’ont pas le droit à l’erreur comme tous ces décideurs qui peuvent engloutir 200 millions d’euros dans un naufrage ou multiplier le prix d’un projet par 4 en dix ans sans en payer eux-mêmes les conséquences. Au total, sur l’ensemble du territoire français, avec la généralisation des ZFE, c’est un tiers des véhicules, soit 13 millions d’entre eux qui ne pourront plus rouler.

Soyons clairs, l’écologie spectacle n’a qu’une conséquence : la mise au ban des territoires périphériques, la ségrégation sociale, le mépris des pauvres. La politique spectacle n’unit pas, elle divise, elle fracture. L’écologie spectacle est l’apparat de ceux qui veulent plaire, à une élite qui a tout. L’écologie spectacle, c’est le gadget de ceux qui ne manquent de rien face à ceux qui n’ont rien que leur travail et leur courage quotidien pour avancer. L’écologie spectacle, n’est ni écologique, ni juste. Elle conduit à des drames humains pour permettre à d’autres d’enchaîner les plateaux télés.

Nous réclamons :

  • L’abandon de l’instauration des ZFE ou à défaut, la mise en œuvre d’une prime écologique intégrale pour financer le remplacement des véhicules anciens des particuliers
  • L’abandon par la Ville de Paris de l’ensemble de sa flotte de véhicules dédiée au transport de la maire et de l’exécutif parisien pour montrer l’exemple d’un monde sans voitures qu’ils prônent
  • La construction de parkings relais gratuits à la périphérie de Paris pour permettre aux banlieusards de pouvoir stationner et accéder aux zones d’emplois
  • La création d’une taxe spéciale d’équité régionale pour financer les infrastructures de transports nécessaires à la grande couronne qui en est dépourvue à cause des financements mobilisés à d’autres fins. Elle sera payée par la ville de Paris et sa très proche banlieue pour alimenter un fond de rééquilibrage de l’aménagement régional.
  • La modulation des taxes (Versement transport, taxe spéciale d’équipement régionale) pour en réduire le taux en grande couronne et inciter les entreprises à se réinstaller à proximité des bassins de vie de la population francilienne.

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